CONTENU
Recherche
Recherche
Infos diverses
Réédition :
CHARLES DEMIA
et les Origines
de l'Enseignement
Primaire
Charles_Demia.png
de G. Compayré
_________________
ANCIENNES
USINES A EAU
Volume 1
ST JEAN LE VIEUX
PatcouvertureVol1.jpg

Visites

 83186 visiteurs

 4 visiteurs en ligne

Webmaster - Infos
Une promenade le long des rues paisibles d'Hauterive permet d'apprécier la richesse du bâti civil : lits de galets, parfois d'une incroyable hauteur, toitures en « bascule », pierres chanfreinées ou moulurées, de réemploi ou non, linteaux à accolade ou rares fenêtres à meneaux discrètement obturées et noyées dans la maçonnerie, séchoirs de façade et maisons dites « vigneronnes » avec cave au rez-de-chaussée ou semi-enterrées, bref de nombreux vestiges d'un passé intense.
On est aussi frappé par le nombre de fours de quartier : on en recense cinq, y compris le four privé du quartier dit des Orsets ou des Planches. Ce nombre, qui peut de prime abord paraître conséquent, fut parfaitement justifié lorsque la population atteignit 441 habitants en 1836 pour ne baisser qu'après 1866, époque où le pain était encore l'élément d'alimentation essentiel des villageois qui le pétrissait et le cuisait eux-mêmes. Ces édicules, encore en place, ont presque tous été construits précisément durant le 19ème, excepté le four du quartier du Benet(1), qui serait du 18ème compte tenu de son linteau de bois chanfreiné en partie inférieure, et de sa présence au cadastre de 1827.
Fours_Hauterive.jpg
Situation des fours à Hauterive

Ce que révèle le cadastre de 1827
 
L'état de section de 1827 mentionne seulement deux fours communs de quartier :
  • Celui du quartier du Benet, rue de la Tâtre, section A, feuille N°4 , parcelle 950;
  • Celui du quartiers des Orsets, disparu depuis, section B feuille N°1, parcelle 129.

hauterive_les_orsets.jpg
Le quartier des Orsets a comporté plus d'une trentaine de personnes portant ce patronyme au 19ème.

 
Ces deux fours, à eux seuls ne pouvaient suffire à couvrir les besoins du hameau : ils étaient complétés par les installations privées, non recensées par le Cadastre, car intégrées aux propriétés privées.
hauterive-benet.jpg
L'ancien cadastre du quartier du Benet avec l'indication des nombreux foyers en 1826
 
Sur le plan de 1827, on peut observer deux petites constructions à la forme caractéristique d'un cul de four. Il s'agit des parcelles 876, rue de la Chapelle qui appartenait à Joseph Armand Gallion, et de la parcelle 1029, entièrement occupée par une ruine, située au nord-est du quartier du Benet, jadis propriété d'Ethelme Perrod. Rien ne permet d'affirmer qu'il s'agisse de fours. La forme de la parcelle 1029 notamment, peut s'apparenter à celle d'un oratoire ou d'une chapelle. D'autant que personne aujourd'hui ne peut indiquer l'emplacement de la chapelle de saint Aquila citée dans « Les vallées du Bugey » du Baron Raverat, tome 2, 1865, ou l' « Histoire des communes de l'Ain » d' Henri Buathier, Horvath, 1985. Pour l'instant, nous n'en avons pas trouvé la mention dans les documents des 17ème et 18ème consultés. Par contre le four commun fait l'objet de plusieurs actes notariés au 17ème.
 
hauterive_centre.jpg
L'ancien cadastre au centre du village avec l'indication des nombreux foyers en 1826
 
Le four commun du 17ème siècle
 
Au cours de cette période la population du village est encore très inférieure à celle des premiers recensements. A la Ville, la partie la plus élevée du hameau, habitent quelques bourgeois, commerçants, tailleur, tisserand, maréchal. Le village s'est agrandi par l'« étoffement » des anciens mas : le mas de Benet en rive droite de l'Oiselon, et le mas Desvignes à l'aval de la Chapelle, le long du canal d'irrigation des brottières des Agneloux. La maison noble de Noble Louis-Marin du Breuil seigneur de Saconney, avec ses dépendances, le verger et le pré des Sergattières attenants au sud, ses moulin, battoir et mare en face ; enfin, en direction des Bottières, le domaine de la Tour Bouvet, dit de la Morte, à cause du marécage proche, propriété du Sieur Ruffin de la Biguerne, baillée à un fermier et deux couples de laboureurs, avec sa tour en ruine, la maison de maître contiguë, la grange, les étables et le puits vers le jardin, les terres et prairies tout autour.
 
Les maisons nobles et les maisons de maître disposent d'un four particulier. Les autres habitants ont recours au four commun. Il y a, au 17ème, un seul four commun à Hauterive, celui appelé du mas Desvignes. Il se situe au devant de la chapelle, c'est à dire vers le four actuel, un peu plus en aval. Il dispose de dépendances nécessaires aux utilisateurs. L'ensemble appartient aux habitants du quartier du mas Desvignes. Pour un usage commun à tous les habitants du village, ce four est ascencé, c'est à dire baillé, à un fournier qui a la charge de le chauffer, cuire le pain, et effectuer les réparations. En échange les utilisateurs lui verse une rétribution modeste.

four-de-la-chapelle.jpg
Four ayant remplacé le four Desvignes
 
Vers le milieu du siècle, c'est Balthazar Liard, originaire de Douvre mais habitant Hauterive, qui assure ce service. Pierre Corcellu lui succède en 1661. En août, la réfection du four nécessite l'achat de 6 livres de pierres de molasse auprès de Pierre Démias de La Route (ADA, 3E 1544, f°183). Ces matériaux aux propriétés réfractaires était utilisés pour construire la voûte et la sole des fours, avant l'invention de la terre réfractaire. La molasse est de formation sédimentaire détritique correspondant à un grès calcaire friable, facile à travailler, mais qui durcit au feu. Celle qui arrivait à La Route, probablement au port par radeau, aurait pu être extraite des carrière de molasse de Samognat, Matafelon ou Bolozon (Voir La France par cantons et par communes : Département de l'Ain, Théodore Ogier, 1853).

Puis le four est affermé à Anthoine Corcellu à partir du 15 novembre 1671
. C'est à cette date que la cense du four des communs du
mas Desvignes d'Aulterive est passé, avec l'accord du syndic d'Hauterive, François Fornier. Les notables sont présents : Honnête Claude Orset, tailleur d'habits, André Bidal Balme, Pierre Desvigne Masin, Jean Desvignes et tous les habitants (ADA, 3E1569-f°31). La somme annuelle payée par Anthoine Corcellu aux habitants du mas Desvignes passe de huit livres pour son prédécesseur, à dix livres, et en plus il doit assumer les premières réparations.
Vingt deux ans plus tard, en 1694, le four doit être reconstruit. Les utilisateurs, par nature modestes, ne peuvent faire face à la dépense. C'est la seigneurie de Varey, représentée par son procureur Maître Claude Perrin, qui prend l'affaire en mains, en accord avec les syndics du village d'Hauterive, Benoict Ducheney et Guy Armand. Le fournier, Estienne Claret, obtient un bail de six années, moyennant sept livres par an. Cette cense du Four commun d'Hauterive, daté du 8 février 1694 (ADA, 3E1583, f°93), indique que les syndics et les habitants demandent vainement à l'intendant de la châtellenie l'obtention de la banalité du four. Qu'entend-t-on par banalité à cette époque ? Après l'abolition des droits féodaux, et encore au début du 20ème siècle, on appelle four banal, un four commun mis à disposition des habitants. Or, au 17ème siècle, il s'agit du droit qu'à un seigneur d'obliger les habitants de se servir de son moulin, de son four ou de son pressoir, le mot banalité étant issu du mot ban, qui signifie « publication, avec injonction sous quelque peine ». C'est un droit seigneurial qui exige un titre. En l'absence de titre, les habitants peuvent toutefois décréter leur assujettissement, en assemblée, avec l'accord de tous(2). C'est sous ces conditions, que les habitants d'Hauterive auraient pu obtenir la banalité du nouveau four. Or, il ne faut pas voir, dans ce souhait des syndics, un goût pour l'asservissement, mais plutôt la poursuite d'un but économique : augmenter le nombre d'usagers pour abaisser les coûts par famille. Il est cependant impensable de compter sur l'accord des possesseurs de fours privés. C'est sans doute la raison pour laquelle, le procureur de Varey, n'a pas donné suite à cette demande.
Au siècle suivant, le four commun d'Hauterive fonctionne encore dans des conditions similaires. Ce n'est qu'avec l'explosion de la population, au 19ème siècle, que les fours communs de quartiers se multiplient; la plupart restaurés à bon escient, sont encore utilisés de nos jours par des associations, ou des particuliers, pour cuire la célèbre galette locale.

 
four_du_benet.jpg
Le four du Benet

 


(1) – Voir les notes concernant ce toponyme dans la partie toponymie.
(2) – Voir le
Traité des droits seigneuriaux et des matières féodales, par Noble François de Boutaric, Gaspard Hénault imprimeur à Toulouse -1760.


Remerciements :
  • Archives Départementales de l'Ain (ADA) et Mairie de Saint Jean le Vieux, pour l'accès aux documents.
  • Madame M.C. Buffières pour son aide précieuse en paléographie.


 

Date de création : 08/11/2012 @ 07:48
Dernière modification : 17/03/2017 @ 10:44
Catégorie : CONTENU - CHRONIQUES
Page lue 2478 fois