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ANCIENNES
USINES A EAU
Volume 1
ST JEAN LE VIEUX
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La seigneurie de Varey a affermé plusieurs moulins banaux au cours de son histoire :
 - Sècheron et St Jean le Vieux, jusqu'à la Révolution;
 - Cheminant en ruine vers le 17ème siècle, où un battoir renaît en 1669;
 - L'abergement de Varey, épisodiquement.
 
Si ce dernier a encore toutes les caractéristiques d'un moulin hydraulique, que reste-il des moulins banaux de St Jean le Vieux et Sècheron? Presque rien... Sauf que leurs cours d'eau ont été longtemps conservés par les principes du droit liés aux besoins agricoles. Les deux moulins de St Jean le Vieux sont détruits avant 1927. De Sècheron ne subsiste qu'un bâtiment transformé en logements où il est difficile de reconnaître son ancienne destination. Voilà donc les seuls vestiges d'un riche passé. Pour connaître non seulement leur histoire, mais également leur consistance, et quels furent leurs acteurs, la lecture des archives est la seule voie qui s'impose.

Les mentions les plus anciennes datent du 14ème siècle. Les dépenses de reconstruction des moulins de Sècheron et Cheminant, détruits par les Dauphinois, sont citées dans les comptes savoyards de Girard Berthod en 1355-1357(1) ; par contre, aucune mention n'est faite du moulin de Vieu lorsque ses quelques maisons sont brûlées en 1325, pendant la bataille de Varey. C'est seulement lorsque la stabilité revient, que Vieu s'agrandit, devient Saint Jean de Vieu puis Saint Jean le Vieux, et que le nombre de ses habitants justifient la construction d'un moulin banal. On ne connaît pas la date exacte de sa construction, mais elle est probablement réalisée début du 17ème siècle. L'investissement considérable que constitue la construction d'un moulin est réservé aux plus puissants... en échange de la banalité. Après l'édification d'un moulin à St Jean le Vieux, Sècheron sert principalement aux habitants de la Rotta et Jusurieu dont la population s'est également accrue. On s'attache aussi à étendre et valoriser les ressources hydrauliques que recèlent les deux vallées encadrant Varey. En même temps que le captage optimum de l'énergie hydraulique, on construit un réseau d'irrigation des terres agricoles dans la plaine. La pente suffisante permet l'utilisation de roues à pots qui reçoivent l'eau par dessus, et font mouvoir avec force des moulins de toutes sortes.
(1) Inventaire sommaire des Archives Départementales de la Côte d'Or antérieures à 1790, Tome IV, B. 10459, Jh. Garnier, Imprimerie Danatière, Dijon, 1876.


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Situation des cours d'eau, ou "écheys", et de leurs anciens moulins


__________________



Les cours d'eau du moulin de Sècheron

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La prise d'eau sur le Riez
L'eau est prélevée dans le Riez à 700 mètres en amont du hameau. Le rapport de pente entre le canal et la rivière, environ ½, établit une chute importante de plusieurs mètres à l'arrivée au moulin. Un barrage de type « tourne »(1) en blocs de pierres, placé en travers des cours d'eau, dirige une partie de la lame d'eau formée vers ce canal de faible pente : environ quatre pour mille. Sur ce cours sont placés plusieurs dispositifs qui permettent de maîtriser les excédents d'eau ou le chômage de l'ouvrage. Celui-ci est creusé au flanc d'un coteau abrupt surplombant le Riez, et franchit avec difficulté le ru du Gorget. Fragile depuis sa création, il a toujours nécessité la surveillance constante de sa petite digue qui serait rapidement ruinée par des débordements excessifs. Les chutes de pierres et les pluies importantes sont autant de phénomènes déclencheurs d'incidents (2). Sa longueur primitive était de 900 mètres. Elle est ramenée à 700 mètres en 1964, par déplacement du barrage. En été, les basses eaux rendent les installations inactives, inconvénient encore signalé au 19ème siècle dans les statistiques départementales.

(1) Terme franco-provencal : barrage formant un seuil-déversoir, qui dévie une lame d'eau dirigée vers un canal dont le niveau peut être réglé par un déchargeoir latéral, comme c'est le cas à Sècheron.
(2) Pour ces raisons les propriétaires canalisèrent partiellement l'eau avec des tuyaux en fonte, au siècle dernier.


Après son passage au moulin, l'eau est normalement restituée dans le cours d'origine, en l’occurrence le Riez. Le droit seigneurial, puis le droit républicain sont cohérents sur ce principe logique. Ce précepte a valu à Sècheron jusqu'à ce que soit creusé par le propriétaire du moulin d'Hauterive, sans doute vers la fin du 16ème siècle, un canal contournant la colline de Varey, dirigeant l'eau vers l'Oiselon plutôt que vers son cours d'origine.
 
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Le canal d'amenée surplombant le Riez

En 1625, l'ancien cours est toujours utilisé de temps à autre, par le jeu de vanne et d'écluse, pour arroser le pré de Buyset  situé à l'aval du hameau et appartenant au Sieur de Champolon. Les abus répétés font l'objet d'un procès, entre le propriétaire du moulin d'Hauterive, Hercule de Liobard, seigneur du Chastelard, demeurant à Pont d'Ain en 1602(1), et Adrian du Louvat de Champollon, propriétaire du moulin de Sècheron (3E 1514-f°326). L'accord qui résulte est consigné dans une minute qui constitue également l'attestation la plus ancienne que nous ayons du lieu-dit « la planche Bovet ». On peut supposer que se sont les frères Bouvet, acquéreurs de la Tour d'Hauterive en 1554(2), qui ont négocié et construit ce long canal jusqu'à l'Oiselon, et jeté un pont rustique, ou planche, rétablissant la continuité du chemin de l'Abergement de Varey. Ce ponceau, de cinq ou six pieds d'ouverture, porterait le nom de ses propriétaires responsables de sa viabilité. Le temps et les hommes passant, oubliant les us et coutumes, d'autres accords sont nécessaires pour l'usage rationnel de l'eau du canal, notamment en 1653 et 1734.

(1) voir le Nobliaire du département de l'Ain, Jules Baux, 1864.
(2) voir Topographie historique du département de l'Ain, M.C. Guigue, 1873.

Vers 1643, Nicole d'Ugnie, hérite des biens de son père Charles, et les transmet aux Beaurepaire par son mariage avec Philibert. Champollon change également de seigneur : c'est désormais à Noble Guillaume d'Oncieu qui tire le revenu des terres. Il possède toujours le pré Buyset vers lequel ses fermiers dévient toute l'eau quand bon leur semble. Ces arrosages se produisant pendant la sécheresse, le propriétaire du moulin d'Hauterive, Jean François de Montgrillet, y voit une atteinte à ses droits, et sans doute un préjudice réel. Un accord intervient cependant le 16 septembre 1653 en aménageant des plages d'utilisation : le pré Buyset pourra être abreuvé en tous temps, du vendredi soir au lundi soir, et les autres jours de la semaine, l'eau sortant de Sècheron devra entièrement être conduite à l'Oiselon (3E 1536-f°219).

Le contentieux de 1734 naît par Joseph Fornier, fermier de Champollon, lorsqu'il détourne l'eau du canal dans ses rouissoirs à chanvre du pré de Raisse, situé près de Sècheron. En ce temps là, c'est Messire Jean François Degrillet qui est propriétaire du canal (3E 3612-f°93).
 
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Déchargeoir de crue

Ces biefs d'amenée et de fuite sont à présent propriétés communales. Depuis le remembrement des terres agricoles, le canal de fuite est plus long de 50 mètres, contraint à contourner la parcelle jouxtant le chemin montant à Varey. Auparavant, son tracé coupait en travers sur 200 mètres jusqu'à « la planche Bouvet ». Une autre particularité de ce canal est sa traversée souterraine du chemin de Varey, depuis la suppression l'ancienne bachasse.
 
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La planche Bouvet début 20ème siècle - Banque photos APJ

Les cours d'eau du moulin de St Jean le Vieux

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La chute et la continuité du canal

La prise d'eau se fait dans l'Oiselon au lieu dit « la Tourne », hameau du Battoir, quelques dizaine de mètres à l'aval de l'ancien moulin. La régulation de l'admission de l'eau est bien plus simple que celui de Sècheron. C'est l'ouverture d'une vanne de type pelle qui règle le débit admissible ; la vidange se fait naturellement par l'aval. Selon un relevé de 1853, ce bief a une longueur de 1082 m et une pente de 4,5 mm/m. Après la chute, l'eau rejoint l'Oiselon en parcourant quelques dizaines de mètres seulement. Comme pour Sècheron, ces cours d'eau sont maintenant propriété communale.


Les meuniers de Sècheron entre 1616 et 1634

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 L'ancien moulin de Sècheron transformé - Photo J. Ruty


Entre le début du 14ème siècle et la fin du 16ème, le moulin de Sècheron est propriété du seigneur de Varey. Claude de l'Aubespin, l'hypothèque le 13 juillet 1581, en échange d'un prêt de 200 écus d'or consenti par le seigneur de Châtillon de Corneille (Titres de la Tour des Echelles, Vol.4, Chap. 8, acte 132). Mais en 1616, le propriétaire est le seigneur de Champollon (3E 1506-f°1).

Cette année là, les meuniers sortants, Natoire Guyot Gamoz de Sècheron et Claude Grumet de Varey, installent un nouvel exploitant : Jacques Pollet de l'Abergement de Varey. La cense, ou rente, se paye annuellement en nature. Il vaut 300 bichettes (570 dal) de bled bon et recevable à la mesure de Varey, 1/3 froment et 2/3 mêlé. A chaque changement d'exploitant, un « acte d'état » est rédigé par un notaire, avec l'aide d'experts choisis librement par les parties. Les experts qui évaluent l'état du matériel et les réparations à effectuer sont généralement des maîtres meuniers ou charpentiers voisins. Suivons donc la visite de l'édifice et de ses « artifices » (3E 1506-f° 2) :

« Premièrement la porte de l'entrée dud[ict] mollin se treuve de commune valeur s'ouvrant à deux moytiés icelle boys sapin avec ses quatres esparres(1) serure avec une feraille platte avec ses clefs. La maix(2) est de peu de valeur. Les degrés pour entrer sur ledit mollin peu de valeur. L'arche(3) pour la retraite des mouldures y a est[é] mise par led[ict] Sieur de Champollon celle boys chesne fermant à la clef avec ses esparres et serrure. Se treuve aultre molature arche sur la place dudict mollin qui seroit estre cy devant pour retirer lesdictes mouldures néantmoins pourrye et en parties et sans moyen de nul service.
Quant au pochon(4) il est de peu de valeur méritant d'en y faire ung tout noeuf par ce que celluy qui est ne se treuve valable.
Les ancours(5) sont bons. Les meulles sont bonnes et de bonnes pierre. La dessus estant toute noeufve pour y avoir esté mise aux frais du[dict] sieur de Champollon environ la Sainct Martin dernière. Ledit tramoy, les roue, rouet et fuzs(6) sont en bon estat et montés à noeuf comme aussy l'arbre qui se treuve bon. Se treuve aussy une grosse corde pour lever led[ict] moulin faict à noeuf aux frais dudict Sieur parce qu'il n'y en avois aulcune avant la possession d'icelluy.
Quant au couvert il est de qu'ung entremis neantmoins le gros travon(7) appuyé et soubstenu par ung pied droict prenant sur le mollandier(8) estoit avant ladict possession. Méritant de remanier led[ict] couvert et y employer quelques thuiles et lattes. Les deschanaux méritent en partie d'estre refaictes pour estre vieilles et caduques en plusieurs endroicts. Leschey(9) et cours d'eau dud[ict] mollin [mot illisible] aulcunement, touttefois est nécessaire d'y faire travailler, le reparer et surhauser en plusieurs endroicts pour raison de quoy il fauldra faire quelques frais. Quant à la torne(10) elle se treuve en bonne et deue reparation. »

 
(1)Pentures de porte en fer.
(2) Coffre à farine.
(3) Coffre contenant les meules servant à recueillir la farine.
(4) Mesure pour la farine.
(5) Couloirs en bois conduisant le grain ou la farine. Ce mot serait dérivé d'encourre, couler (Godeffroy)
(6) Fuseaux
(7) Solive.
(8) Châssis sur lequel est assis le moulin.
(9) Canal.
(10) Barrage de prise d'eau.


Les circonstances de changement de propriétaire intervenu entre le seigneur de Varey et Louvat de Champollon restent inconnues. Les difficultés des successions entre les familles de l'Aubespin, d'Ugnie et Beaurepaire pourraient en être l'origine. Dans la cense de 1631, passé à Jacques et Jacques Benoît Pollet, le Sieur de Champollon indique en des termes ambigus qu'il est en affaire avec Monsieur de Varey : la meule « sera posée en siege à la diligence desdicts Pollet aux frais neantmoins dudict Sieur de Champollon sauf à luy de les repeter envers Monsieur de Varey au temps qu'iceux deniers luy seront rendus. » (3E 1519-f°42).

Trois ans plus tard, le moulin est revenu dans le giron de Varey : Charles d'Ugnie « ascense » l'ensemble de ses moulins à Jean Bel maître charpentier d'Ambronay, Jacques et Natoire Guiot Gamoz (3E 1521-f° 12). Cette date marque aussi le premier cense connu concernant le moulin de St Jean le Vieux. On peut supposer que ce moulin est construit vers le début du siècle, car Vieu se développe maintenant grâce au commerce qui y est florissant.

Des censes communes aux deux moulins (1662-1710)

Avec François de Beaurepaire, le prix du fermage augmente. En 1662, Pierre Girod de Cucuens, Benoict Beaufort de Poncin et sa femme Claudine Carrier, payent « six cent dix bichettes de bled, mesure de Varey, la moytié bled froment et l'autre moytié meslée blanche, un porc gras de la valleur de vingt Livres tournois, six chappons gras de vingt sols piece un quintal et demi chenvre femelle battu deux bichettes d'orge, et deux autres millet battus le tout pour chacune année, que lesd[icts] Girod et Beaufort promettent de payer aud[ict] seigneur en son chasteau dudict Varey, ou a ses agent ou receveurs. » Un battoir à chanvre a cependant été adjoint au moulin de St Jean le Vieux. Dans le même bail, nous apprenons que déjà un foulon est envisagé près des ruines de l'ancien moulin de Cheminant qui pourrait servir de carrière. Ce projet qui n'a pas abouti fut remplacé par un battoir à Chanvre (3E 1545-f°55).

Puis, à partir de 1667, le prix convenu n'est plus fixé en nature, mais en argent. Claude Nivet, charpentier de Douvre paye 640 livres pour les deux moulins (3E1549-f°163) qui se présentent en l'état suivant :

« ...Le moulin de St Jean le Vieux moule très bien, encore que la meule dessoubz soit rompue en trois pièces, la meule dessus qu'on nomme le coursier est bonne. Le rouet(1) mérite d'estre refacit à noeuf, pour estre rompu et lié de cordes en divers endroicts. La grande roue en dehors est fort bonne, l'arbre d'ycelle en bon estat et garny de deux frettes(2), estant néantmoins nécess[ai]re pour le conserver d'y en mettre encore deux, en chaque bout ; la bartelloire(3) et la tramoy(4) sont sy vieilles et caduques qu'elles ne permettent plus servir. Les chanées (5) dud[ict] moulin sont assez usées, y en ayant vue presque toutes pourrie et incapable de plus servir. Le couvert est bon, sauf qu'il y manque environ trois cents thuiles. Le gros poutre qui soutient dedict couvert, qu'on appelle vulgairement le trabaramé(6), est rompu en l'un des bouts, neantmoins, s'il est appuyé d'un pillier il pourra durer encore bien long temps. Le fourneau en la plus grande partie tombé estant absolument nécessaire de la refaire, de crainte que le feu ne s'attache au couvert. Estant au surplus led[ict] moulin assorty de toutes autres pièces nécessaires bonnes et des[s]ervir.
… Quant au battoir dud[ict] St Jean le Vieux, il est assez en bon estat, à la réserve de l'arbre qui est fendu en dedans et en dehors, et pour le conserver il est nécessaire d'y mettre deux frettes et un gland(7). La frette du couvert est rompue et il faut de nécessité y en remettre une autre bien promptement pour éviter accident, remanier tout led[dict] couvert, et y ajouster un cent de thuiles. Les chanées dud[ict] battoir sont bonnes. Pour le canal ou eschey desd[icts] moulin et battoir, il mérite d'estre curé et nettoyé presque par tout, et pour la torne[tourne, prise d'eau] ou escluse elle est passablement bonne.
… Led[ict] Joly rapporte que les murailles[du moulin de Sècheron] sont trouées et minées en dedans en plusieurs endroicts méritant une grande réparation. La porte ne vaut presque rien, n'y ayant que deux gonds et deux esparres(7), et point de serrure. Le couvert est bon et n'y manque rien. Le couvercle de l'arche(8) ne vaut rien et y en faut faire un noeuf. La bartelloire pour estre vieille et usée ne laissera de servi encore quelque temps en cet estat. Les ancours sont aussi vieux et rapiècés. La meule dessus pour estre fort mince et usée ne pourra plus durer guère long temps. La dessous est rompue en plusieurs pièces, pour estre aussy extremement vieille et usée. La roue en dehors ne vaut presque plus rien, et y en faut une noeufve, l'arbre d'icelle étant fort bon et fe[r]ré de deux frettes en chaque bout. Le rouet a deux courbes entièrement gastées, et le reste d'iceluy vieux et caduc. Les chanées sont bonnes, à la réserve d'une qui n'est faicte que de meschantes(9) aix(10) de sapin et ne peut plus servir. Le canal ou eschey est en asez mauvais estat, et réparé sy légèrement en divers endroicts qu'à peyne l'eau s'y peut contenir. La torne(11) n'est pas mal en estat, bien qu'en un endroict il est nécessaire de la réparer promptement, de peur que l'eau de la rivière de Ryé venant à croistre, elle ne se rompe tout à faict. Et quant au surplus des autres outils et artifices du[dict] moulin de Sècheron, il est aussy suffisamment assorty de toutes les pièces requises et nécessaires, toutes en bon estat de des[s]ervir. »

(1) Grande roue dentée fixée sur l'arbre de la roue hydraulique.
(2) Anneau d'acier enserrant l'extrémité d'un arbre en bois pour éviter son éclatement.
(3) Blutoir frappé.
(4) Trémie.
(5) Canaux en bois mobile ou fixes pour mener l'eau jusqu'à la roue hydraulique.
(6) Trabaramé ou trabe ramé :  poutre garnie de ramifications. Désigne le système de charpenterie (poutre et bascules) employé localement pour soutenir, sans équerres ni "jambes de force", les larges avancées de toitures des maisons couvertes en tuiles creuses.
(7) Pentures.
(8) Coffre.
(9) Vilaines.
(10) Planches.
(11) Barrage en franco provençal.


Représentation d'un moulin
des 17-18ème siècles


 
A - Chanée
B - Roue à augets
C - Arbre de couche
D - Rouet
E - Grenouille
F - Lanterne
G - Molandier
H - Anile
I  - Sortie de la farine
J - Gros fer
K - Arche ou archure
M1 - Meule "dessous"
M2 - Meule "dessus"
T - Trémie à blé
 
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Fin 1675, de nouveaux meuniers, Antoine Orset dit Gaillard de Jujurieux, et Benoicte Burdin sa femme contractent la cense pour un prix de 360 Livres payable par moitiés pour chaque année, plus dix livres de chanvre femelle peigné beau et bien conditionné, et deux chapons gras. (3E 1555-f°138).

Début 1676, Sieur Horace Gregoire, bourgeois de Lyon, fermier général des revenus de la baronnie de Varey, fait dresser un état des deux installations (3E 1555-f°177). Louis Dallivoy représente Dame Claude de Montgeffond, veuve de Messire Joachim de Beaurepaire, tutrice et curatrice de leur enfant :

«...Lesquels ont dict qu'il y a diverses reparations à faire tres urgentes et necessaires aux moulin et battoir de St Jean le Vieux, et au moulin de Secheron, dependants de lad[icte] ferme de Varey, et parcequ'à la fin d'icelle led[ict] Sieur Gregoire n'est tenu de les rendre qu'au mesme estat qu'il les trouve en entrant dans icelle, et que lesd[ictes] reparations ne doibvent pas desmeurer à sa charge, tant luy que led[ict] Dallivoy qui a charge expresse de lad[icte] Dame ainsy qu'il affirme ; ont convenu des personnes de Pierre Bossu Curtaud et François Berteti Maistre charpentier dud[ict] St Jean le Vieux, pour visiter lesd[icts] moulins et battoir, et faire pardevant moy leur rapport de l'estat d'iceux, à l'effect de quoy iceux maistres ici presents satisfaisant à l'intention desd[icts] parties, et ayant preste le serment en tel cas requis, disent et rapportent unanimement avoir vu et visite fort exactement lesd[icts] moulins et battoir, et reconnu …
… en premier lieu qu'au moulin de Secheron manque un rouet avec ses bras, il n'y a point de cheminée estant tres necess[ai]re d'y en avoir une pour eviter le danger du feu ; il y faut poser deux chanées noeufves qui y sont touttes faictes et preparées avec leur trois chevalets n'y ayant point de bois vieux qui y puisse servir. Il y faut encore un tour pour lever la meule, deux gonds et deux palmes à la porte dudict moulin ; et pour les murailles qui sont trouées et minées en divers endroicts ; le travail en pourra revenir en tout à la valeur d'une toise de muraille ; Tout le surplus dud[ict] moulin est en bon estat, bien virant et moulant...
… Quant au moulin de St Jean le Vieux la grande roue de dehors est caduque et usée, en sorte qu'elle ne pourra plus servir qu'un an ou deux tout au plus, estant necessaire d'y en faire une noeufve. Il y faut aussy une meule noeufve, celle qui y en estant rompue en trois pieces ne pouvant plus servir qu'au grand dommage et prejudice du public qui s'en plaint il y a dejà quelques années. De plus manque un courbe au rouet. L'arche à tenir la farine ne vaut du tout rien, et y en faut une noeufve. Faut poser aud[ict] moulin une chanée qui y est toutte faicte, le chevalet est aussi tout prepare, sauf que le bois d'iceluy n'est travaille qu'à moitie. Faut reprendre l'angliere(1) dud[ict] moulin du costé de soir et bize de quatre pieds en bas, estamper le traperamé(2) du couvert 'iceluy, parceque le bout qui repose sur la muraille du costé du soir est pourrys usé, y ayant du danger de le laisser plus longtemps en l'estat qu'il est. Il y a environ trois pieds de quarreur(3) en la muraille du costé du soir qui est escorche et merite d'estre reparé. La cheminée est rompue, et y faire une bande, celle qui y estoit ci devant ayant attire toute la couche en tombant. Faut encore une piece noeufve où est attachée la polie qui sert à lever la meule... »
«… L'angliere du battoir qui est du costé du soir et bize quitte de tous costés merite d'estre repris d'haut en bas...
Toutes les autres pierres, bastimens et dependances desd[icts] moulin et battoir estant bien assortis et en bon et deub estat. Et ainsy que dessus le rapportent iceux Maistres charpentiers en leur oyauté et conscience, de quoy lesd[icts] Sieur Gregoire et Dallivoy m'ont requis acte que je leur ay octroyé pour servir et valoir ce que de raison. A Saint Jean le Vieux dans mon estude, en presence d'Antoine Orset dict Gaillard meusnier aud[ict] moulin de Secheron, et Andre Muthod vigneron aud[ict] Varey tesmoins requis. Lesd[icts] ieurs Gregoire et Dallivoy ont signé et non lesd[icts] austres charpentiers ny tesmoins pour ne sçavoir enquis. »

(1) Angle formé par deux murs, chaînage d'angle.
(2) Ou trabe ramé, ou poutre ramifiée : système de charpente avec poutres en "bascule", utilisé dans les toitures couvertes en tuiles creuses localement.
(3) Surface carrée
.
 
On revient à un cense unique en 1679. Le montant est de 835 Livres tournois, plus 20 livres de chanvre peigné beau et bien conditionné, et 6 chapons gras (3E 1556-f°77). En outre, il sera loisible aux dits fermiers de construire un battoir auprès du moulin de Sècheron, à leurs frais et dépens. Ce battoir est mentionné à l'acte d'état de 1680 (3E 1556-f°111). Il est mû par sa propre roue hydraulique et sa conche(1) est en bois.

(1) sorte de cuvette ou bassin circulaire, en bois ou en pierre, dans lequel le meuleton écrase des denrées dans un mouvement giratoire.

Puis Philibert Guyot de Varey sous-loue en 1686 le moulin de St Jean le Vieux à Antoine Orset de Jujurieux, pour un montant annuel de 330 Livres annuels, 3 chapons pallis(1) et 10 livres de rittes(2) bonnes et raisonnables de chanvre femelle. (3E 1578-f°15). L'acte d'état dressé en présence de Me François Brunet procureur fiscal de Varey, donne quelques précisions.

La meule gisante, est brisée en 4 parties et nécessite son remplacement. La meule de dessus est dite à la française, c'est à dire d'une seule pièce, est en bon état. Le pas et la grenouille qui reçoivent le pivot du gros fer supportant la meule mobile, sont aussi en état. La farine est blutée à l'aide d'une "barteloire", sorte de blutoir frappé. On trouve aussi dans le moulin une armoire en sapin fermant à clef et une petite arche, ou coffre. L'angle nord-ouest du bâtiment en s'écartant a fait fendre la muraille coté du soir de bas en haut jusqu'au toit : il menace de tomber... Un trou dans la muraille coté sud nécessite une prompte réparation. Le couvert est malgré tout en bon état. Le battoir, contigu à l'aval du moulin, mais au niveau inférieur, est mû par une seconde roue.

(1) Engraissés en cage. Pallis, clôture.
(2) Mot genevois désignant la filasse mise en écheveaux.


Ecorché d'un battoir des 17-18ème siècles

 
A - Chanée
B - Roue à augets
C - Arbre de couche
D - Rouet
E - Hérisson
F - Meule
G - Conche en pierre(s) ou en bois
 
shema_battoir.jpg
 
Après le décès de Philibert Guyot, sa femme Marie Janéaz reprend la ferme solidairement avec les Orset. Un nouveau cense de régularisation est signé le 28 décembre 1692 (3E 1583-f°10).

En 1692 le prix de la cense des moulins s'élève annuellement à 835 Livres, plus 20 livres de chanvre femelle peigné et 6 chapons gras. Il est passé par François Bonnet Procureur Fiscal de Varey, représentant Mre Gaspard de Beaurepaire seigneur et baron de Varey, à Maître Antoine Orset et Benoîte Burdin de Jujurieux, qui sous-baillent le moulin et son battoir de St Jean le Vieux à Marie Janéaz, veuve de Philibert Guyot. Il est nécessaire d'acheter une meule neuve pour le moulin de St Jean le Vieux. Marie Janéaz prend à se charge les deux tiers de sont prix et le transport jusqu'aux limites du mandement de Varey ; à partir de là, le transport jusqu'au moulin se fera dans le cadre d'une corvée due au seigneur... (3E 1583-f°10). Comme ce cense est passé fin décembre, l'acte d'état est rédigé en janvier de 1693 (3E 1583-f°13). Hélas, Antoine Orset meurt avant le terme des neuf années de bail, de telle sorte qu'un nouveau cense est nécessaire.

Le 2 juillet 1701, Maître Claude Monin vice-châtelain de la Baronnie de Varey représentant Messire Gaspard de Beaurepaire, admodie, donne à ferme, les deux moulins à David Bataillard et son fils Joachim, meuniers de Poncin, et Jean Baptiste et Jean-Claude Bataillard, aussi père et fils meuniers à Leymiat, dans les mêmes conditions financières que précédemment. Laurent Bertrand charpentier de Vieu d'Izenave se porte caution en garantie de paiement (3E 1608-f°1).

On solde les comptes entre la baronnie de Varey, Benoîte Burdin et Jean Orset son fils, le 5 mai 1702 après midi, dans la maison du vis-châtelain Claude Monin demeurant à Saint Jean le Vieux (3E 1585-f°136). Messire Gaspard de Beaurepaire, Chevalier entre autres titres, seigneur du mandement de Varey acquitte la somme de 662 Livres dues par la veuve et ses héritiers à Demoiselle Jeanne Claudine Calamard, fermière générale des revenus de la Baronnie, équivalant au reste du prix de l'admodiation des moulins et battoirs qui avait été passée aux époux le 28 décembre 1692 par devant Maître Gorraty. Le seigneur leur fait un prêt de 10 ans et hypothèque leurs nombreux biens situés principalement sur la paroisse de Jujurieux :
 - Une maison haute moyenne et basse, avec une grange y joignant, le tout couvert à thuiles, ensembles des appartenances et pourpris. Bastiments consistant en cours, jardin et chenevière...
- Une terre chenevière au lieu dit la grange Michaliet ;
- Une terre sur Paradis de 5 bichettes de semaille ;
- Le pré Plonge, d'une demie seytive ;
- Une vigne de deux ouvrées au lieu dit sur Plant au vignoble Devaux ;
- Une autre vigne appelée la Beguine de deux ouvrées, aussi au vignoble Devaux ;
- Une autre vigne appelée la Fare d'environ une ouvrée, au même vignoble ;
- Un bois de châtaigner d'environ quatre battues, situé en Tire-cul ;
- Le restant d'une terre d'environ une demie bichette, l'autre moitié ruinée par la rivière de Riez, lieu dit aux Perrousses.
Sur la paroisse de Saint-Jean-le-Vieux ils ne possèdent qu'une seule propriété : une vigne de deux ouvrées, appelée la Verdatière, située derrière Varey.
 
Le dernier contrat est arrivé à échéance au 1er Janvier de l'année. Antoine Orset aurait du remettre en état lesdits moulins et battoir avant la signature d'une nouvelle ferme. On estime aimablement les réparations et le prix de la meule en tout à 800 Livres. En contre partie, Benoîte Burdin et son fils cèdent au seigneur de Varey les dommages et intérêts qui leurs sont dus par les habitants de La Route qui n'ont pas fait moudre leur blé aux moulins banaux du seigneur de Varey, pendant les neuf années du dernier bail. Le procureur fiscal de Varey est chargé des poursuites. La veuve et ses héritiers demandent, qu'au cas où les habitants de La Route ne revenaient pas aux moulins du mandement, ils seraient en droit d'obtenir réparation du préjudice.
Le même jour, chez Maître Brunet, on ratifie le contrat passé le 2 juillet de l'année précédente. En outre, les censitaires déclarent que les moulins et battoir ont été remis en état, et Joachin Bataillard promet de faire construire un fourneau et cheminée audit moulin de Secheron, et de fournir tous les materiaux nécessaires pour ce subjet, lequel fourneau passera au dessus du feste du couvert de demi pied et plus s'il est necessaire... » (3E 1608-f°5).

Malheureusement Joachin Bataillard décède le 16 décembre 1708 à l'age de 34 ans ; il s'était marié à Poncin le 9 février 1700.

Son fortuné cousin, Honnête Jean Claude Bataillard, et sa femme Raymonde Bertrand s'allient à la veuve pour reprendre le bail à ferme à leur compte le 12 mars 1710. L'ensemble est baillé pour un prix total de 970 Livres, avec un premier paiement à Noël 1711, plus 20 Livres de chanvre femelle, peigné beau et bien conditionné et 6 chapons gras le tout pour chaque année, à la St Martin ; en outre, ils devront faire gratuitement les moutures et battures des blés et chanvres de la maison du fermier du seigneur et celle du procureur fiscal. Catherine Garnier, reprend le moulin de Sècheron. La part de bail du moulin de St Jean le Vieux, tenu par Honnête Jean Claude Bataillard et sa femme, est estimée à 432 Livres Tournois 10 Sols.

Ce bail est le dernier commun aux deux moulins.
 

Les meuniers de Sècheron de 1718 à 1795

 
Catherine Garnier se remarie le 31 mai 1718 avec André Alliod, meunier à Sècheron. Les meuniers habitent un temps le petit logement contigu au moulin, mais c'est là que Maître Mathieu dresse le 8 mars 1719 le testament nuncupatif de Catherine Garnier (3E 1605-f°27).
_______________

Profitant d'un séjour passé dans son château de Pont d'Ain, le 7 décembre 1750, Jacques de Beaurepaire règle ses affaires courantes : Maître Decroso, notaire royal du lieu, s'est déplacé pour rédiger le bail à ferme qu'il passe avec le charpentier de Jujurieux Guillaume Pastor, et Marie Naly sa femme (3E 3047-f°677). Le prix est de 560 livres payables annuellement au château de Varey, auprès du Sieur Fornier, fermier général ; le seigneur se réserve la mouture pour lui, les siens et l'usage de son fermier. On mentionne ici pour la première fois les bâtiments servant de logement au meunier. Ils ont été construits par le meunier précédent, et justifient une forte augmentation du montant de la ferme.

Les terres de Varey changent de famille le 30 mars 1753, lorque Jean-Marie Dervieu en fait l'acquisition pour 206 000 livres.

Guillaume Pastor conserve la ferme jusqu'à fin 1759, puis un nouveau contrat est passé au château de Varey avec Antoine Janet de l'Abergement de Varey et son fils Charles (3E 34753-f°349). En plus du moulin et du battoir, un pressoir à huile leur est remis. « En outre, iceux preneurs se chargeront d'une poêle de cuivre rouge ou chaudron propre à faire chauffer les noyaux pour faire l'huile, de la teneur d'environ cinq à six sceaux, presque neuf, que les preneurs promettent de rendre en fin de bail en bon état, sauf l'usage. »

La rente foncière annuelle et perpétuelle est maintenant de 630 livres payables en 4 termes égaux au château de Varey. Claude Billon, fils de Pierre, vigneron de St Jean le Vieux se porte garant. Le meunier à la charge des réparations dont le montant est inférieur à 3 livres, et il doit bien entendu l'entretien le l'eschet et des couverts. De plus il doit assurer gratuitement la mouture nécessaire à l'usage du seigneur et de son châtelain. « Se chargeront en outre les preneurs de la corde, soit câble, pour lever les meules qu'ils seront tenus rendre à la fin du bail bonne et recevable pour que le fermier qui suivra la trouve recevable, en semble d'une pollie pour lever les meules, et le pochon pour le mine(1) auquel lesdits preneurs se conformeront pour éviter toutes plaintes. »

(1) mesure de farine ou de grain équivalent à ½ setier, le pochon servant à remplir le mine.


Nous constatons que le levage de la meule supérieure se fait toujours de manière primitive. On soulève un bord, d'abord avec une pince(1), puis avec la corde. La meule dressée sur son champ appuyée contre le mur du moulin. La manœuvre est délicate et les accidents nombreux. Au 18ème siècle les meules représentant la moitié du prix du moulin, leur conservation est primordiale. On a utilisé plus tard des treuils muraux, plus sûrs, et enfin des treuils sur potences, propres aux meules à l'anglaise cerclées, équipées de points de levage.

(1) Petite barre à mine dont une extrémité est amincie.

 
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Moulin 19-20ème équipé d'une potence pour meules à l'anglaise - Photo J. Ruty


En 1775 le fermage passe à 700 livres.

Pendant la Révolution, l'inflation incite la veuve du seigneur supplicié à se faire payer les termes en nature. Le contrat du 18 fructidor de l'An III prévoit que la citoyenne Dervieu recevra annuellement :
- Cent mesures de froment beau prêt à moudre ;
- Six quintaux de farine jaune ;
- Un cochon de trois quintaux ;
- La mouture pour nourrir douze personnes, pour la premier terme seulement ;
- Ils entretiendront le dit moulin, battoir et pressoir et tous les accessoires pendant le bail, ils y feront toutes les réparations nécessaires à leurs frais, et néanmoins celles au dessus de cinquante livres seront à la charge de la citoyenne Dervieu et si, par défaut d'entretien et réparations journalières, il survenait par leur faute des grosses réparations, elles seront à leur charge.
- A l'égard des couverts la citoyenne Dervieu fournira tous les matériaux et les preneurs la main d’œuvre, attendu qu'on doit les repasser à tranchée ouverte, c'est à dire sans découvrir complètement la toiture.
- Ils entretiendront aussi pendant le bail le canal du moulin.
- ils demeurent chargés de la poêle, pochon, câble, poulie en buis, ainsi que tout est expliqué dans les précédents baux.

La famille Janet tient le moulin jusqu'en 1843. Puis ce sera la famille Sibuet et enfin la famille Alliod qui transformera l'usine en scierie. Cette période ayant fait l'objet il y a quelques années d'une belle plaquette traitant abondamment les 19ème et du 20ème siècles, nous y renvoyons le lecteur : elle est disponible en ligne chez Calaméo.

Les meuniers de St Jean le Vieux à partir du 18ème siècle


Joseph Comparé, maître maréchal au village, et Raymonde Bertrand sa femme, afferment le moulin de St Jean le Vieux, avec son battoir, en février 1717, en remplacement de Louis Bataillard. Claude Philibert Dard de Jujurieux, Receveur de Varey, représentant Mr le comte de Beaurepaire (3E 1605-f°42) fixe le prix annuel à 432 livres et 10 sols, 3 chapons gras et 10 livres de chanvre femelle peigné, et en plus les moutures et battures gratuites nécessaires à la maison du procureur fiscal.

De graves désordres dans le mur du battoir avait déjà été constatés. Or, le 10 décembre 1742, le seigneur adjuge des travaux de réparation et d’extension du moulin à Maître Claude Joseph Gorraty qui sous-traite à Jean Marin Sibuet le transport des matériaux. La constatation des dépenses se fait par déclaration de l'intéressé chez le notaire du village (3E 1620-f°56) :
 
« Declaration pour les voytures du moulin de Saint-Jean-le-Vieux.
Pardevant le No[tai]re royal de St Jean le Vieux soubsigné fut
fut Jean Marin Sibuet Me Charpentier de Tenay habitant à St Jean
le Vieux mugnier au moulin dud[it] lieu, lequel degre comme ayant
pris le prix fait des reparations à faire audit moulin a declaré que sur
ladjudication faite à Me Claude Joseph Gorraty pour les voytures de pierres
et sable nécessaires pour son edification nouvelle en consequence d'ordre de
Monseigneur l'intendant il a fait cent quatre voitures de pierres
et trente trois voyages de sable comme il est marqué par le procès
verbal de l'adjudication faite aud[it] Gorraty pardevant nous No[tai]re royal
le dix decembre 1742 et par nous controllé comme fais au bureau dud[it]
lieu le 25 dud[it] mois, qu'il a deposé aux environs dud[it] moulin et que
le comparant a employé à ladite edification comme il en peut compter pour
la reconnoissance qui en seroit faite en cas de contestations. Et que preuve
d'ailleur en pourroit être faite ce qu'il affirme veritable en faveur
dud[it] Me Gorraty acceptant ce qui compose en tout la somme de
cent seize livres quatre sols pour que led[it] Me Gorraty puisse
en retirer le produit conformément à lad[ite] adjudication, de laquelle déclaration
nous ayant demandé acte, elle luy a été accordé pour luy servir et valoir
ce qu'il appartiendra avec les clauses ordinaires et de droit. Fait et passé à St
Jean le Vieux dans mon etude après midy l'an mil sept cent quarante
quatre et le vingt uniesme jour du mois d'avril, en presence de Me Jean François
Buliffon greffier de Varey et de Philippe Perrin Vigneron d'Hauterive, tesmoins requis.
Led[it] Me Bulifon a signé avec ledit Me Gorraty, non led[it] Sibuet ny led[it] Perrin
pour ne scavoir ecrire comme il leur a declaré de ce enquis et interpelé. »

Alors qu'en 1749 François Fusier prend la ferme du moulin en sous-bail, le fermier général Joseph Fornier s'est déplacé accompagné de Sr Claude Barbollat des Revenus de Varey, pour dresser l'état des lieux (3E 1625-f°1). La description est assez précise pour imaginer l'agencement de ce moulin encore très rustique.

L'accès au bâtiment se fait en traversant un petit jardin non clos. On entre dans le moulin par la pièce construite depuis peu. Dans la pièce ancienne qui servait d'habitation au garde moulin, la cheminée subsiste sans pourtant être utilisée maintenant. Depuis cette pièce, on entre dans l'endroit où se trouve le moulin et ses artifices, c'est à dire l'arbre, le rouet, les molandiers supportant le moulin proprement dit, et la farinière. On accède par un petit escalier à un plancher situé au même niveau que les meules. Sur le plancher se tient un coffre à blé en sapin, ou « arche à bled », fermant à clef. Les meules couvertes d'un coffre protecteur sont neuves. Leur épaisseur est de six pouces pour la « dessus » et huit pour la « dessous ». Le levage de la meule se réalise par une corde de chanvre ou câble et une poulie en bois. Le pochon servant à mesurer la farine est présent, mais on constate qu'il n'y a ni blutoir ni crible. La bachasse qui arrive sur la grande roue du moulin est faite de plateaux de chêne neufs, mais celle du battoir doit être réparée. Il est préconisé d'utiliser six plateaux de chêne de neuf pieds de long, d'un pied de large et deux pouces d'épaisseur. Le toit à deux pans oriente son faîtage dans le sens est-ouest. Couvert de tuiles creuses, il prend la mousse côté nord. Le battoir dispose d'une conche et d'un meuleton neufs, mais sa toiture est à repasser.

A présent, c'est Jacques de Beaurepaire qui est seigneur de Varey. Lorsqu'il passe un bail à Jean Marin Sibuet, le 1er janvier 1751, il se réserve le droit d’aliéner son bien à qui bon lui semblera, ce qui traduit son intention de se séparer de la seigneurie de Varey. Jean-Marie Dervieu achètera moins de trois années plus tard.

Jean Marin Sibuet décède en 1768, ses descendants resteront dans la place jusqu'au début du 20ème siècle. Son fils Charles et sa femme Claudine Avignon lui succèdent. Ils modernisent le moulin existant, accroissent ses capacités puis le doublent. Mais cette dépense d'énergie a un prix. Ainsi, le 8 mai 1773 Charles est malade, croit-on mourant : il fait appeler le notaire Jornet pour rédiger son testament nuncupatif (3E 1689-f°4071). Pourtant Il se rétablit et c'est sa femme, Claudine, qui décède la première en 1784; il vivra encore 13 années. Le veuf connaîtra la Révolution, la saisie des biens de la noblesse, dont ceux de Jean Marie Dervieu, et par conséquent la vente de l'établissement qu'il exploite et dont la rente annuelle est de 524 livres. L'estimation se monte à 10 500 livres (1Q 213-Chap 24). Malgré le prix, Charles Sibuet l'acquiert et devient meunier patenté de la République.

L'établissement se compose de deux moulins placés à la suite l'un de l'autre. Dans le moulin dit « d'en haut » sont deux paires de meules, l'une pour moudre le blé, et l'autre le gros blé de Turquie ; il y a un petit jardin potager et une place au devant. Le moulin dit « d'en bas » comprend une paire de meules propre à moudre le blé et un battoir à huile ; l'eau est prise au moulin amont.
 
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Superposition des cadastres de 1828 et contemporain
A 57 ans, Charles se remarie avec Laurence Mermand, de vingt ans sa cadette, le 31 mars 1792. Un contrat de mariage et passé le 24 mars 1792. Le revenu annuel du moulin est alors de 100 livres (3E 1695-f°52). De cette union naîtrons deux enfants : Joseph puis Claudine. Mais cette dernière n'a que cinq semaines lorsque son père décède, le 19 septembre 1797. Anthelme Sibuet et Joseph Perrin de La Route sont désignés tuteurs des enfants pupilles, et un bail à nourriture est mis en adjudication publique au rabais, à partir des fonds dégagés par la vente des effets hérités de leur père. Finalement c'est leur mère qui fait la dernière offre de 127 francs par an pour ses deux enfants... l'arrangement semble à peine masqué (3E 1698-f°12 à 14).

Anthelme est propriétaire du moulin « d'en bas » ; le moulin « d'en haut » est resté en indivision entre les enfants, et amodié à l'un d'entre eux pour 700 francs par an. Jusqu'en 1809 c'est Marie Sibuet et son mari Claude Philibert Naillod qui l'exploitent. Ensuite, un bail à l'enchère de six ans désigne Laurence Mermand, remariée à Jean Jacques Husson. La fratrie Sibuet fonctionnera ainsi jusqu'en 1825, sans qu'un partage définitif ni qu'aucun compte ne soient effectués.

La situation perdure jusqu'au décès de Joseph Mathieu, laissant 7 enfants et leur mère Claudine. Il est tant de régler la situation familiale pour assurer matériellement l'avenir des enfants. Le conseil de famille nomme leur oncle paternel comme tuteur. Le Juge de Paix contraint tous les héritiers de Charles à solder les comptes (3E 1718). Les relations s'enveniment encore lorsque la même année Laurence Mermand est condamnée à payer son du à Jeanne Carente (4U 2550). Le scindement des deux installations sera effective en 1826 avec la vente du moulin « d'en Haut ».

Ce qu'il advint du moulin « d'en Haut »

L’acquéreur, originaire de Lagnieu, se nomme François Vallet. Il baille pour quatorze mois son nouveau bien à Barthélemy Garin et Rose Vacher, également de Lagnieu (3E 1719-f°131), en attendant d'y installer sa famille. Les Vallet garderont le moulin pendant 3 générations :

- François (~1783-1855) et sa femme Charlotte Armand ;
- Louis Barthélemy (1817-1893) et sa femme Mariette Vuarin ;
- Joseph Gabriel (1854-1928) et sa femme Marie Rosalie Françoise Gojon, qui cessent leur activité de meunier vers 1905. Pourtant en août 1901, Marie Gojon investit dans une roue neuve fabriquée par le constructeur mécanicien, Jules Hercules de Maillat, qui lui consent un prêt d'un montant de 870 francs, pour un an, au taux de 2 pour cent l'an (3E 32608-122).

Ce qu'il advint du moulin « d'en Bas »

Depuis la mort d'Anthelme Sibuet, le moulin "d'en Bas" est resté en indivision entre Jeanne Carente et ses trois fils. La veuve dirige l'usine Sibuet jusqu'à sa mort le 28 juin 1846. Ce jour là elle transmet sa part par licitation (3E 1739, n°222) à deux de ses fils, Jean-Baptiste meunier à Hauterive, et Joseph meunier à St Jean le Vieux. Joseph et sa femme, Marie Louise Laurent, qu'il a épousée en 1839 à Poncin, lui succèdent aidés de deux domestiques. Le troisième fils, Jérôme, est teneur de livre(1) à Lyon. Ses droits de succession seront régularisés le 4 juillet 1846 (3E 1739, n°224); il mourra célibataire en 1868 à l'hôpital de Chatillon-sur-Chalaronne. Enfin, le 20 décembre 1853, Jean-Baptiste cède à Joseph la moitié lui appartenant (3E 1746, n°329).

Le moulin comprend alors un bâtiment servant d'habitation et un autre bâtiment y attenant à l'Est, dans lequel se trouve un moulin à blé, un moulin à farine jaune et une huilerie avec "tous les agrès, ustensiles et accessoires de la dite usine" située entre le chemin public et le canal. Un autre bâtiment avec logement, écurie, hangar et place annexe, se tient en face du moulin, au Nord du chemin.
 
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Le moulin Sibuet avant 1900 - Photo G. Alby
Les installations demandant un débit conséquent du canal d'amenée, le seuil de la tourne du hameau du Battoir est surélevé avec de la terre. A la première crue, les maisons de rive droite sont sinistrées. Sur la plainte des riverains un règlement d'eau des moulins est imposé par l'Administration et un repère d'altitude scellé(2) en 1853. La comparaison des plans du service hydraulique des Ponts-&-Chaussées de cette époque montrent à quel point les installations ont évolué depuis le cadastre de 1827.

(1) Comptable.
(2) Voir chapitre concernant les « barrages de l'Oiselon »


Lorsque Joseph disparaît le 12 octobre 1869, sa fille Jeanne Eugénie et son mari Jean François Eugène Janton lui succèdent, aidés de trois domestiques et de la veuve.

En 1870, Janton envisage de faire tourner son moulin à farine et une machine à battre le blé, en installant une machine à vapeur que lui vend le Sieur Couineau, mécanicien à Bourg en Bresse. Cette machine, dite à foyer intérieur, d'une puissance de 8 chevaux, est timbrée à 5 kilos de pression de service, a une longueur 2,50 m et 1,25 m de diamètre, avec une capacité de 3932 litres d'eau. Une cheminée de briques s'élève alors au dessus des anciennes roues hydrauliques.

Eugène Janton décède à son tour en 1886. Son fils unique François, marié à Victoire Convert, reprend l'affaire jusqu'en 1896, année de son décès. Agé de 35 ans, il laisse trois petites orphelines. Pour assurer ses revenus leur grand-mère loue son moulin à Louis Garnier et Catherine Belfin.
En 1903, la veuve Janton passe un bail de 6 ans à Jean Baptiste Bordel, habitant au hameau du Battoir (3E 32610-n°59). Le moulin hydraulique complété d'une machine à vapeur fait tourner une batteuse, trois paires de meules et un pressoir à huile. Il comprend une habitation, un four, un jardin et des écuries nécessaires au transport des produits, un pré et une vigne attenants. C'est une belle propriété dont Georges Alby nous a laissé un magnifique cliché.

La machine à vapeur dont l'utilisation est onéreuse et astreignante est remplacée avant 1906, par un moteur électrique, plus économique, de peu d'entretien et souple d'utilisation. La mort de Jeanne Eugénie Sibuet en 1912, met fin à la lignée des meuniers Sibuet. La fin des moulins au village de St Jean le Vieux est proche.

 
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Coupes sur chaudière fixe à cylindre horizontal - Dessin J. Ruty


Les deux usines sont possédées par des industriels de la minoterie jusqu'en 1923-24, puis achetées et remplacées par un atelier de tissage construit par deux industriels originaires de Dolomieu. Ces nouvelles installations sont exploitées, pendant la seconde guerre mondiale par les Soieries Henri Chavanis de Lyon. Transformé ensuite en entrepôt vers 1954-55, par le négocient en grains Louis Emeyriat, le bâtiment est finalement rasé en juin 1993. Son emplacement est actuellement aménagé en espace public.

 
soierie_st_jean_le_vieux.jpg
Usine de soierie ayant remplacé les moulins




Nota : Toutes les cotes des sources indiquées sont disponibles aux Archives départementales de l'Ain. Les transcriptions respectent fidèlement la graphie des textes originaux, hormis parfois quelques accents et de la ponctuation, nécessaires à un meilleure compréhension.




 

Date de création : 15/08/2013 @ 14:41
Dernière modification : 17/02/2015 @ 12:40
Catégorie : CONTENU - CHRONIQUES
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