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CHARLES DEMIA
et les Origines
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de G. Compayré
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ANCIENNES
USINES A EAU
Volume 1
ST JEAN LE VIEUX
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Au début du XVIIe siècle, le village de Saint-Jean-le-Vieux ne comporte que quelques maisons, avec « bas et hault »1, surmontés de galetas2 aménagés en chambres pour les domestiques ou restés en l'état de grenier. Maisons de petits bourgeois, commerçants voire de nobles, la plupart possèdent leurs pièces de vie à l'étage, rendu accessible par un escalier et une galerie extérieure sur la façade opposée à celle de la rue. Claude Bachod possède et habite une de ces maisons. Mais puisque sa femme, Madeleine de Fétans a reçu en dot les terres de Verfey, fief situé dans la province de Bresse, ils séjournent très souvent au château à partir de 1602, date de leur entrée réelle en jouissance de ce bien. Grâce aux actes d'état dressés par Maître Pompée Fornier à l'occasion d'événements particuliers de la vie de ces immeubles, revisitons le passé, quatre cents ans plus tard.

La maison de Saint-Jean-le-Vieux 

La maison de Noble Claude Bachod se situe en bordure de la rue principale au centre du village, en direction de Poncin, encadrée au nord par l'habitation de son frère Prosper, et au sud par celle appartenant à son parent Emmanuel Philibert, Seigneur de la Verdatière.
On pénètre dans la cour par un arc en pierres de taille, clos par un solide portail de sapin doublé de noyer à quatre esparres3, fermant par un loquet et trois serrures ; un petit toit couvert d'un cent de tuiles à crochets protège l'ensemble.
Dans la cour, on découvre une autre maison appelée déserte car inhabitée, où se trouve une ancienne étable et un fenil ; entre elle et la maison principale sont deux chazaux4 où on a commencé la construction de deux portes comptant huit pierres de taille en tout. Trente huit autres pierres de taille dépareillées, de portes ou de fenêtres, jonchent le sol, mêlées à d'autres gisant en attente d'être employées.
 
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Partie extérieure d'une poutraison de "trabe ramé" d'une couverture de tuiles creuses - Les poutres qui soutiennent l'avancée de toiture sont en équilibre médian sur la maçonnerie. L'effort de basculement est repris à l'autre extrémité par la grosse poutre transversale soutenant la toiture, appelée trabe.
La maison d'habitation est couverte d'un toit à deux pans en tuiles creuses avec une avancée côté rue, équilibrée par un trabe ramé (Voir ci-contre). La plupart des encadrements des ouvertures en pierre de taille donnent au bâtiment son statut bourgeois. Au rez de chaussée se trouve une ancienne boutique de boulanger et un prestin5 placé sous l'escalier desservant l'étage. Dans la boutique reste un vieux coffre de noyer fermant à clef pouvant contenir environ huit bichets, soit cent cinquante litres, une vieille maie en bois de peuplier et une farinière en sapin sans couvercle. Les jambages, couverture et seuil de la porte du prestin sont en bois, mais la porte ferme à clef. Il n'est pas fait mention de four.
Un poulailler et une ancienne soue se tiennent sous une galerie qui surplombe la cour. La soue abrite une tine6 d'une contenance de dix-neuf asnées7 ayant un anneau dessous, neuf costes8, sept vieilles et deux neuves, six marcons9, tant grands que petits, et une grande bote10 d'environ neuf à dix asnées.
On monte en la maison par un escalier de pierre de treize marches, au pied duquel se tient une porte de sapin à trois pentures et sans verrou. Au sommet se trouve une plate-forme de pierre de taille et un petit cabinet, à main gauche sur la galerie une porte de chêne.
On entre dans la cuisine par une porte de sapin avec serrure et clef. La chausse11 est en pierre de taille. On y trouve une grosse et grande table de noyer disposée avec ses bancs et treseaux12 ; deux châlits en noyer, ouvragés et à colonnes, dont l'un a un ciel13 peint et un garde-paille14, et un méchant15 buffet en sapin près de la porte, avec son dressoir de planches et une porte fermant avec un loquet. Le fourneau16 de la cuisine est de bon prix, avec son manteau de bois et de vieux dressoirs17 ; un des bochets18 est rompu. Il y a un feu19 parterre, et dans le mur de bize20 sont deux larmiers21de pierre de taille avec leurs portes22 et leurs vitres. Un vieux buffet ouvragé joint la muraille du coté du vent23.
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Larmier réaménagé en fenêtre contemporaine
De la cuisine, on passe dans la chambre par une porte à liquet24. Coté nord, une demie-croisée25 avec un larmier au dessus, tous deux vitrés et avec leur volet. Trois autres fenêtres vitrées, avec leurs volets et leurs encadrements en pierres de taille, donnent sur la charrière26. Le mobilier se compose de deux châlits en noyer avec leurs colonnes tournées, l'un étant garni d'une oiste27, une table carrée de noyer avec deux bancs de même bois, et un buffet ouvragé avec deux entremoyens28, l'un ayant sa porte et l'autre non, les deux tirants29 au dessus avec leur serrure sans clef. Une autre grande table de dix pieds de long et deux de large, un cabinet de noyer, sorte de petit meuble avec ses fraites30, dans lequel on garde des objets précieux. Le fourneau est de même type que celui de la cuisine, sauf que le manteau est en pierre de taille. Il est assorti d'un gros landier31 avec son chandelier et sa chèvre32sans pommeau, ni poignée, ni panier au dessus.
On monte au grenier depuis la cuisine par les douze degrés d'un escalier de bois clos d'une porte fermant à clef et d'une paray33 de sapin. Dans le grenier sont deux fenêtres coté nord, closes de volets en sapin avec verrous. Au dessus de la chambre se trouve un vieux coffre de noyer d'une contenance d'environ huit bichettes de froment, avec serrure sans clef. Le pignon nord est fendu mais consolidé par une clef34 traversant les combles s'amarrant dans le mur mitoyen de la maison du Seigneur de la Verdatière.
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Demie-croisée à Ambronay
Cette description est tirée d'un acte d'état commandé par Madame de Fétans en 1622, postérieurement à la mort de son mari. La maison et les terres arrivées aux enfants encore mineurs sont baillés à plusieurs fermiers, puis vendues en 1628 au Sieur de Champollon pour 6 650 livres. Les grandes quantités de pierre de taille, de pentures et de serrures de fer, attestent de la richesse du premier propriétaire.
 

Le château de Verfey

Samuel Guichenon35, dans son Histoire de la Bresse et du Bugey fait un bref historique du fief de Verfey :
« Le Château de Verfey est en la Paroisse de st Paul de Varax en une situation assez triste & désagréable, ceux du nom & armes de Verfey anciens Gentilshommes de la Province l'ont sait bâtir, & les plus anciens Titres qui rendent témoignage de sa construction, sont de l’an 1250, ce qui pourrait persuader que ce serait Henri de Verfey, Chevalier qui l’aurait fait bâtir, puisque c'est le premier qui en a fait hommage au Souverain. Cette famille de Versey qui l'a possédé: plus de 250 ans, faillit en François, Seigneur de Vérfey & de st Nizier le Désert lequel n'ayant enfants de Claire de Chabeu sa femme, par son testament de l’an I503 fit ses héritiers, par égale portion, Hugues de la Balme, Chevalier, Seigneur du Tiret son cousin, & Humbert de Chabeu Chevalier, Seigneur de Feillens, frère de sa femme, lesquels après son décès se partagèrent son hoirie, & par ce partage Verfey arriva au Seigneur du Tiret, qui entre autres enfants de Louise de Chandieu sa femme eut Jean-Louis de la Balme qui fut Seigneur de Verfey, de Loctave & de Nercia ; lequel de Philiberte de saint Point son épouse laissa Bertrande de la Balme femme d'Aynard de Fetans, Seigneur dudit lieu & de Montferrand, laquelle pour sa portion héreditaire eut la Terre de Verfey, elle fut mère de Madeleine de Fetans mariée à Claude de Bachod Ecuyer, auquel elle porta en dot Verfey ; de leur mariage issu Aynard de Bachod, Seigneur de Verfey, qui après avoir gardé cette Seigneurie fort longtemps, la vendit à Louis Bertrier & à Suzanne de Romans sa femme, laquelle jouit à présent de ladite Seigneurie. Il y a Justice haute, moyenne & basse dont tous les Seigneurs de Verfey ont joui ».

 
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La partie hachurée représente probablement le périmètre de la basse-cours Emplacement du château appelé Tour de Verfey
Certes, Madeleine de Fétan apporte Verfey en dot lors de son mariage avec Claude de Bachod, mais son père en a jouit jusqu'à sa mort, et lorsque Claude Bachod en prend enfin possession en 1602, de nombreux travaux d'entretien et de réparations sont nécessaires afin de remédier aux injures du temps et des guerres qui ont ravagé le pays avant le Traité de Lyon. Suivant l'usage on fait dresser un « acte d'état » des lieux et consigner l'estimation de la dépense.
C'est ainsi que le 10 juillet, Noble Claude Bachod et Damoyselle Jeanne de Fétans sa femme, accompagnés du notaire royal et curial de Varey, Maître Pompée Fornier, les maîtres maçons Perrin et Turrel dit Lacrosa de Chenavel, Jean Guy charpentier de Sainct Jehan de Vieu et Natoyre Guyot dit Gamoz meunier du hameau d'Hauterive, se sont donnés rendez-vous au château de Verfey, avec Maître Pierre Correctel châtelain de Verfey, Jean Turrel Charpentier et meunier des moulins de Sainct Paul de Varax, aussi charpentier et meunier des moulins de Verfey, Jacques Jacquet, laboureur du Boys d'Oing36, représentant la Damoyselle Philiberte de Roncherol, veuve de feu noble Pompée de la Balme37, et aussi Noble Jean Antoine de la Fontaine dit de la Teyssonière Sieur de la Veyse, beau-frère de Madeleine de Fétans et voisin de Verfey. La petite troupe une fois réunie se mit en train pour faire le tour du propriétaire et établir une estimation des ouvrages les plus urgents à réaliser dans le château et de ses dépendances, mais aussi celle les granges et moulin que nous n'aborderons pas.
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Pont levis semblable à ceux de Verfey
Source Viollet le Duc
Les ensembles de bâtiments et murailles sont construits en briques savoyardes maçonnées, y compris les murs d'enceinte de la basse-cour38 qu'il faut traverser pour accéder à la maison forte par un second pont levis. Les toitures du château sont couvertes de tuiles plates à crochets, mais celles des autres bâtiments sont en tuiles creuses, plus économiques. Malgré les nombreux détails notés par Pompée Fornier, le plan ne peut évidemment pas être dressé, mais la disposition des éléments les uns par rapport aux autres permet toutefois d'imaginer les lieux. Procédons donc à la visite.
L'accès au site se fait par le nord où l'on franchi un premier pont levis, avec ses flèches, contrepoids et quatre chaînes de fer. Cinq pas plus loin, on franchi la muraille d'enceinte en brique de la basse-cour, par un portail aux jambages en pierre de taille, protégé par un petit toit couvert en tuiles à coupes39. Entre le pont et le portail, côté ouest se trouve une petite chambrette40 servant pour un corps de garde.
A droite en entrant dans la basse-cour, on passe près d'un puits avec sa margelle de pierre. Poursuivant au couchant, on entre côté ouest dans la chapelle voûtée par une porte en sapin encadrée de pierres de taille. Sous le fenestrage à deux vitres éclairant par l'est se trouve l'autel en pierre et un tableau de bois avec deux images de Notre Dame. Coté sud, les deux vitres d'une autre fenêtre représentent les armoiries de Verfey. Au devant la porte de la chapelle en direction du soir se trouve un membre42 du côté du nord. Par des degrés de bois on accède à un petit galetas, au dessus de l'appartement, ainsi qu'à une galerie, également en bois, dont le plancher est dégarni. Vers ce logement il y a une petite tour du côté de l'ouest, une grange en ruine, et un petit bâtiment à tenir pourceaux. Vers l'est sont les fours du château.
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Blason de Verfey
Depuis la basse-cour, on accède au château par un pont dormant en maçonnerie suivi d'un second pont levis. Quelques marches de bois puis huit degrés en pierre de diverses origines, montent à une plate-forme de pierre gélive et au portail d'entée non couvert du château.
Etant sur la plate-forme, à main gauche il y a une porte sans serrure accédant à une pièce ayant deux fenêtres, l'une côté bise et l'autre du côté vent, la première avec un treillis de fer à cinq barreaux.
Par le portail du château on pénètre en une sorte de vestibule appelé le porche. De là on accède à la cuisine, la salle basse43, la chambre de parade44 et la cave des dictes pièces privées, la chambre des titres45, la chambre appelée la prison, la chambre d'enfer46, la salle haute et enfin la chambre de la tour ronde. Une viorbe47 dessert les pièces de l'étage et les galetas, les douze derniers degrés étant de bois.
A ce moment de la visite, l'acte de Pompée Fornier atteint déjà douze pages pleines. On peut regretter l'absence de description des cheminées et du mobilier. Cinq autres pages décrivent l'état des granges, moulin, terres, prés, étangs et forêts dépendants de Verfey, ainsi que les travaux à y entreprendre.
Samuel Guichenon trouvait Verfey triste et désagréable48. C'est certainement le sentiment inverse qu'éprouvait Claude Bachod, qui y a séjourné souvent, appréciant probablement une nature généreuse, avec ses giboyeuses forêts et ses poissonneux étangs, visitant ses terres, prés et vergers, s'attardant au moulin, pour finalement y mourir le 5 novembre 1616.
Son fils Aynard lui succède à sa majorité. Puis il vend Verfey et achète en 1632 pour 3000 livres la propriété de sa tante Clémence de Migieu49, à Cormoz vers Château-Gaillard.
  
1 Rez de chaussée et premier étage.
2 Etage pris dans un comble. Grenier ou lieu qui touche à la couverture du logis (Dictionnaire de Trévoux).
3 Pentures d'ouvrant.
4 Emplacement propre à bâtir.
5 Lieu où se pétrit la pâte à pain.
6 Sorte de cuve en bois.
7 Une asnée = environ 100 litres.
8 Paniers.
9 Peut-être des jalons pour planter la vigne.
10 Tonneau.
11 Egout, s'écoulant dans la rue.
12 Siège tripode.
13 Sorte de dais en toile.
14 Paillasse.
15 Synonyme de mauvais.
16 Atre.
17 Vaisseliers
18 Corbeau de pierre, console.
19 Lanterne.
20 Côté nord.
21 Fenêtres très ébrasées.
22 Volets intérieurs.
23 Côté sud.
24 Loquet.
25 Fenêtre étroite comportant seulement un meneau horizontal.
26 Chemin.
27 Hostie.
28 Compartiments.
29 Cordons pour tirer sur la porte.
30 Compartiments et tiroirs.
31 Gros chenet de fer supportant la broche de cuisine, ayant parfois à sa tête un panier chauffe-bol.
32 On peut comprendre : "avec sa partie verticale et son trépied", mais il pourrait s'agir d'un autre élément recevant l'autre extrémité de la broche.
33 Cloison.
34 Tirant en bois.
35 Samuel Guichenon est né en 1607 à Mâcon, mort en 1664. Avocat, historien et généalogiste français.
36 Situé entre Anse et Tarare.
37 Future épouse de Prosper Bachod, frère de Claude.
38 Cour intérieure d'une forteresse au Moyen-Age.
39 Tuiles creuses, dont l'enveloppe est de forme trapézoïdale. Le terme « à coupes » est probablement employé par analogie avec les « pierres à coupes » des arcs, taillées également en forme trapézoïdale.
40 Petite pièce de jour et de nuit.
41 Diverses parties d'un bâtiment, en général désigne les appartements (Dictionnaire de Trévoux).
42 Atre.
43 Salle d'habitation inférieure.
44 Salle de réception pour les hôtes de marque.
45 Pièce où était conservés les actes authentiques et les terriers.
46 Salle réservée à la torture.
47 Escalier à vis.
48 Histoire de la Bresse et du Bugey, 1650- Seconde partie, page 125. Voir ses notes concernant Saint Nizier le Désert, paroisse voisine, dont la seigneurie fut acquise par Claude Bachod et son beau-frère Jean Antoine de la Fontaine.
49 Femme de Prosper Bachod.


 
Sources :
  • Archives départementales de l'Ain :
  • 3E 1505, f° 164 ;
  • 3E 1506, f° 354 ;
  • 3E 1512, f° 140 et 152.
    Voir également 3E 1505, f°495 - Année 1614 - Liquidations de réparations entre les Sieurs Bachod et de la Veyse.
  • « Dictionnaire de Trévoux », imprimée à Nancy en 1740 chez Pierre Antoine.
  • Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Frédéric Godefroy, 1880-1895.

Date de création : 01/03/2015 @ 08:51
Dernière modification : 09/05/2015 @ 13:28
Catégorie : CONTENU - CHRONIQUES
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