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ST JEAN LE VIEUX

Abrégé des
délibérations

 1790-1921

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ANCIENNES
USINES A EAU
Volume 1
ST JEAN LE VIEUX
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EXPO
La Justice dans l'Ain

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Depuis l’achat de l’Hôtel de l’Europe par la commune de Saint-Jean-le-Vieux, il s’est écoulé quelques années d’incertitude sur le devenir de ce patrimoine dont la présence renvoyait encore quelques souvenirs épicuriens, pendant les « Trente Glorieuses », lorsque le bar-hôtel-restaurant était encore tenu par les couples Manos puis Martin.

Finalement, l’ancien établissement a été voué à la démolition. Depuis fin septembre il est impossible de passer dans le centre du bourg sans apercevoir le « trou » de l’Hôtel de l’Europe qui ne tiendra sa place dorénavant que dans les album-photos ou chez les collectionneurs de cartes postales. Chacun imagine à présent quel sera le nouveau visage du centre du village pour quelques décennies. C’est l’occasion pour faire le point sur l’historique des différentes occupations de cet espace qui a été, et demeure, le centre du village. Faisons-le à partir des éléments collectés depuis l’aube du XVIIe siècle, lorsque le lieu se nommait encore Vieu et ne comportait que quelques feux.

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Abattage des bâtiments le 19 octobre 2016-Photo J. Ruty Dégagement d'un nouvel espace le 24 octobre 2016-Photo J. Ruty

XVII et XVIIIe siècles

Vers_les_17-18e_siecles.pngAu XVIIe siècle l’emplacement de l’Hôtel de l’Europe était inclus dans une aire appartenant aux héritiers des Challant, seigneurs de Varey. Ils y avaient fait construire une halle pour remplacer celle située antérieurement côté sud du chemin d’Arpilles, entre la Grande Rue et une tour carrée bordant l’Oiselon1.

Cette nouvelle halle était de dimensions modestes : 30 pieds de nord à sud et 42 pieds de l’est à l’ouest, soit environ 135 mètres carrés2. Elle formait l’angle entre le grand chemin allant de Lyon à Genève, c’est-à-dire la Grande Rue, et le chemin d’Arpilles. Côté nord-est, elle était entourée d’une place, elle-même bordée de jardins, limités au nord par la muraille d’enceinte de la propriété des Bachod, seigneurs de la Verdatière, et à l’est par l’Oiselon. Ce quadrilatère formé par la voirie, la muraille nord et l’Oiselon était bien entendu propriété des seigneurs de Varey

Au XVIe siècle le ruisseau était côtoyé en rive droite par plusieurs viviers. Deux se tenaient au nord du chemin d’Arpilles3 et trois au sud4. L’un d’eux a servi de réserve de poissons pour les besoins de l’auberge du Lion d’Or. Les jardins précités furent abergées en 16685 à Jean-Baptiste Monin, marchand de Saint-Jean-le-Vieux, pour y construire une maison qui vint s’appuyer sur la muraille de l’enclos du sieur Ruffin, héritier des Bachod.

En 1730, Claude Monin (1669-1761), fils du précédent, capitaine châtelain de la baronnie, agrandit la propriété en baillant à cens les deux emplacements laissés libres6, côtés nord-est de la halle. Le seigneur, Jacques de Beaurepaire se réserva cependant « une servitude de tour d’échelle » pour entretenir son bâtiment. Cette halle devait avoir l’apparence d’un hangar ouvert : une charpente sur poteaux, couverte de tuiles, faîtage orienté nord-sud.

Les Monin aménagèrent sur leur propriété une peignerie de chanvre qui fonctionnait en 1752.

XIXe siècle

En 1813, ces constructions ont été démolies. A leur place le cadastre napoléonien indique deux parcelles numérotées 885 et 886 ; elles sont la propriété de François Bordet7. Ce marchand chandelier habite ici avec sa famille dans la maison qui comporte 14 ouvertures avec une porte cochère. En limite nord subsiste une muraille de huit pieds de roi de hauteur, soit 2,63 mètres, séparant leur propriété et le jardin d’agrément de feue Mademoiselle Michon, ancienne propriété des seigneurs de la Verdatière et de leurs successeurs. Il n’y a pas encore de construction entre la tour hexagonale et la propriété Bordet, où la parcelle 886 constitue leur jardin.

François Bordet avait aménagé sa propriété en auberge lorsqu’il meurt en 1830. C’est donc avec lui que débute la vocation hôtelière du lieu.

Vers_1836.pngJoseph Bordet, son fils lui succède en tant que voiturier et aubergiste. En 1836 il échange contre une terre, une bande de terrain de 3 ares appartenant aux voisins du côté nord, les époux Mathieu et Mouton, qui est baillée depuis dix ans pour servir de cour à l’auberge8. Jeune, ambitieux mais peu expérimenté, ses affaires périclitent. Il fuit les créanciers en s’exilant à Genève en 1838, sans doute très affecté par cette affaire. Sa mère Antoinette Lamy, qui a maintenu son activité de limonadière, lui apporte tout son soutient. D’ailleurs elle le représente durant toute la période de la vente aux enchères de ses biens, ordonnée par le Tribunal de Nantua le 27 mars 1839.

L’auberge consiste en une maison destinée à cet usage, proche de la rue publique, composée indépendamment des cours, caves, écuries et fenils ; au rez-de-chaussée : une cuisine, une chambre à coucher, une salle à manger, un lavoir et une salle de billard ; au premier étage : quatre chambres à coucher avec de vastes greniers au-dessus. De l’autre côté de la grande rue, et en vis-à-vis, dans la cour appelée « la Cour des Petit », Joseph Bordet avait fait édifier récemment, en remplacement d’un hangar vétuste, un bâtiment rural de 50 mètres carrés, cadastré sous le n°991, pouvant éventuellement faire une habitation, et abritant une cuve à vinifier appelée botte, de 27 hectolitres.

Dans les écuries de l’auberge, pour son activité de voiturier, Joseph Bordet abrite huit chevaux : cinq chevaux poil rouge pour l’équipage de roulage conduit par son charretier Antoine Figuet, et trois autres chevaux, dont un boiteux, avec leurs équipements de transport composés d’un harnais et un char d’appontée à quatre roues, chaînes de traction, pelle, bâche et agrès.

En outre, l’aubergiste voiturier possède de nombreuses parcelles de vignobles, et particulièrement le domaine des Perrailles, situé vers la limite de la commune de l’Abergement de Varey, acquis de Gabriel Orset de la Tour en 1835, avec son bâtiment d’exploitation composé d’une cuverie, une cave et un pressoir.

Jean-François Lyathaud, dit François, avec l’aide financière de son beau-frère, remporte les enchères et devient ainsi propriétaire de la petite auberge et ses dépendances en 1839, sauf une bonne partie du jardin déjà vendue en 1837 à la Commune de Saint-Jean-le-Vieux par les anciens propriétaires, afin de construire la mairie-école. Remis de ses erreurs de jeunesse, Joseph Bordet sera plus tard marchand de vin, et habitera longtemps chez sa mère, cafetière en face de l’église, avec sa femme et ses enfants.

Jean-François Lyathaud est issu d’une famille aisée de vignerons originaire de Jujurieux. Boucher à Saint-Jean-le-Vieux, il est veuf en première noce de Claudine Emeyriat, avec laquelle il a acquis l’ancien Hôtel de l’Ecu de France (face à la place de la mairie), alors en très mauvais état, pour en faire une belle résidence. Remarié en 1823, Marie-Jeanne Schatz, dite Jeanette, lui donne trois enfants. Malheureusement la mort le fauche en 1841, sans qu’il ait eu le temps nécessaire pour développer sa dernière acquisition.

Marie-Jeanne Schatz réalise en 1842 l’extension de ses annexes en s’appuyant sur le mur nord de la maison commune, et en bordure de l’Oiselon, dans le prolongement de l’écurie existante vers le sud. La structure de l’hôtel, tel que nous l’avons connu, a donc pris corps après 1841. Agée de 45 ans, la dynamique veuve Lyathaud épouse en 1844 son jeune voisin Jean-François Mermet, dit François, maréchal-ferrant, de 13 ans son cadet. Trois domestiques l’aident dans son travail quotidien.

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La pose des rouliers fin XIXe siècle - D'après une photo G. Alby

Eugène Lythaud et Marie Multin sa femme, dite Mariette, reprennent l’établissement après le décès de leur mère en 1859. Agé seulement de 33 ans, Eugène décède à son tour en 1862. Cette même année, Jean-François Mermet se remarie et construit en 1863 le bâtiment d’habitation de trois étages qui jouxte par le nord la propriété de l’hôtel. Il loue aux hôteliers les deux chambres d’hôtel dont il a l’usufruit à vie, mais qu’il n’occupe plus. Vers 1866 un pont-bascule est construit en commun avec Jean-François Mermet dans la cour de l’Hôtel, sur la parcelle n°885. Cet investissement important donne une idée de l’intensité des échanges commerciaux qui se faisaient localement. Cette bascule a dû peser jusque vers 1883, date de construction du poids-public communal d’Hauterive, mais il n’a été démoli qu’en 1966.

Mariette Multin, veuve à 25 ans avec deux enfants de son premier mariage, se remarie en 1863 avec l’instituteur François Bouvier, dit Francisque. Il est le fils de l’instituteur de l’école communale et voisin de l’hôtel. Bien qu’ils soient séparés de biens, il fait l’hôtelier quelques années, puis le couple se sépare. Le fond de l’hôtel est cédé en 1872 aux époux Rolandez qui tiennent l’établissement pendant sept années. Mais ce couple divorce en 1879. En 1877 François Bouvier est employé aux Ponts-&-Chaussées à Bourg, puis à Lyon. L’hôtel qui se nomme désormais l’Hôtel de l’Europe est à vendre.

Jean-Marie Gaillard, boulanger originaire de Ruffieu, et Fanny Deléard sa femme, l’achètent à Mariette Multin et ses deux filles9 en 1879.

En 1885, Jean-Marie Gaillard et sa femme vendent le fonds de commerce à François Duchesne et Marie-Louise Mermet qui demeuraient à Lyon auparavant10. En janvier 1886, le couple Gaillard n’exerce plus, ils habitent à Saint-Jean-le-Vieux, et Fanny Deléard décède en décembre.

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Annexe qui bordait l'Oiselon avec accès au champ de foire Entrée du café de l'Hôtel Gaillard

XXe siècle

En 1902, le fils Gaillard est derrière les fourneaux pour le banquet de la classe des conscrits de 40 ans de la classe 1882.

En 1905, l’hôtel, avec ses 11 chambres, est tenu par la fille, Adèle, qui a épousé le géomètre Antoine Saussac, lequel décède la même année. Le vieux Jean-Marie, reprend courageusement du service pendant quelques années, avant de mourir en 1916, période pendant laquelle il fait aussi office de voiturier.

Après la Guerre de 1914-1918, c’est Charles, l’aîné des enfants Gaillard, ancien employé de commerce à Lyon, qui est à la tête de l’établissement avec sa femme Jeanne Bordel. Veuve en 1923, elle tient l’Hôtel Gaillard jusqu’après la Seconde Guerre Mondiale.

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Quelque-soit son enseigne, l’hôtel a vu passer, depuis la naissance de la petite auberge, de nombreux tenanciers à la vie un peu chaotique et brève, jonchée de drames familiaux. Malgré cela il s’est développé et adapté pour traverser plus d’un siècle et demi de tourmentes, avec ses « hauts et ses bas ». Son établissement – comme d’autres anciens hôtels du village – a constitué une étape pour de nombreux rouliers puis transporteurs et vacanciers, sans compter l’aspect social du café-bar. Son remplacement par l’immeuble que projette de construire la SEMCODA gomme pour de bon les traces de l’ancienne vocation hôtelière du pays, qu’avait fait naître l’itinéraire Lyon-Genève. Ce projet urbain ne manquera pas d’impacter à son tour le centre du Bourg et la vie du village : une nouvelle page d’histoire locale s’ouvre.

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Carte postale type nuage de l'Hôtel Gaillard au début du XXe siècle

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1 Cette tour avait été donnée à la Chapelle de Varey qui en tirait des revenus au XVIIe siècle en la baillant en nature de logement.

2 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1550, f°67.

3 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1518, f°193 et cote 1555, f°1. Ventes de l’ancienne Maison des Enfants à Marie.

4 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1513, f°147. Acquêt pour Prosper et Benoît Secrétain le 6 juin 1623. Place abergée à Adrienne Fornier Rosset par Pierre de Chaland en 1524.

5 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1550, f°67.

6 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1610, f°118.

7 Famille de droguistes originaire de Provence, installée à Saint-Jean-le-Vieux en 1755.

8 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1729, f°11.

9 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 32404, N° 116.

10 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 32451, N°s 46 et 47.

Autres sources

Recensements de population.

Etat civil ; Base CousAin.

Cadastre napoléonien.


Date de création : 02/11/2016 @ 09:34
Dernière modification : 02/11/2016 @ 09:34
Catégorie : CONTENU - CHRONIQUES
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